Préférence nationale : le Gabon reprend la main sur les stations-service et le transport pétrolier

Ce jeudi 4 septembre 2025 marque un tournant dans la politique de l’emploi au Gabon. Le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, a annoncé la nationalisation des postes dans les stations-service et dans le transport des produits pétroliers dits « blancs » (essence, gasoil, kérosène). Ces métiers, traditionnellement occupés par des travailleurs étrangers, seront désormais réservés aux Gabonais.

Une réponse au chômage des jeunes

Au cours de sa rencontre avec les acteurs du secteur, le ministre a justifié cette mesure par la nécessité de réduire le chômage, en particulier chez les jeunes. « Nous avons évalué les capacités et les besoins. Ce sont près de 900 postes qui vont être libérés et attribués aux Gabonais », a-t-il précisé, citant à la fois les emplois de pompistes dans les stations-service et ceux de chauffeurs de camions-citernes.

Cette orientation traduit la volonté de l’État de placer la priorité nationale au cœur de sa stratégie économique et sociale. Pour le ministre, il s’agit d’une « décision souveraine » qui vise à garantir aux citoyens l’accès à des emplois jusque-là accaparés par des expatriés. « Ce n’est pas de la xénophobie, mais une application de la préférence nationale, principe que tout pays attaché à sa souveraineté doit mettre en œuvre », a-t-il insisté.

Une mesure déjà amorcée par certaines entreprises

Cette annonce s’inscrit dans la continuité de pratiques déjà observées dans certaines compagnies locales. Pétro Gabon, acteur majeur de la distribution pétrolière, applique depuis plusieurs années une politique d’emploi centrée sur les nationaux. Son PDG, Jean-Baptiste Bikalou, n’a pas manqué de saluer la décision gouvernementale. « Les pouvoirs publics ont fait un choix juste et pertinent. Nous, en tant qu’entreprises citoyennes, avons le devoir de contribuer à la lutte contre le chômage, notamment celui des jeunes. Dans nos stations-service, nous avons des postes que nous devons offrir prioritairement à nos compatriotes », a-t-il expliqué. Cette adhésion des opérateurs privés constitue un gage de mise en œuvre rapide. Dans le cas de Pétro Gabon, une majorité des employés sont déjà des Gabonais, et les autres postes suivront progressivement ce mouvement.

Un signal fort de souveraineté économique

Au-delà de l’enjeu immédiat de l’emploi, cette réforme envoie un signal politique clair : le Gabon entend reprendre le contrôle sur certains secteurs stratégiques de son économie. Les métiers de pompistes et de chauffeurs, bien que modestes, occupent une place cruciale dans la chaîne de distribution des produits pétroliers, un secteur vital pour le fonctionnement du pays.

Cette décision s’inscrit par ailleurs dans le droit fil du projet de société du chef de l’État, qui prône une gouvernance tournée vers la valorisation des ressources humaines nationales. Elle reflète aussi une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains, où la préférence nationale devient un instrument de souveraineté économique et un outil de lutte contre le chômage endémique.

Un chantier qui soulève des défis

Cependant, la réussite de cette mesure dépendra de plusieurs conditions. D’abord, la capacité à former rapidement des jeunes Gabonais pour occuper efficacement ces postes. Ensuite, la nécessité d’accompagner les entreprises dans la transition, afin d’éviter toute perturbation dans la chaîne d’approvisionnement en produits pétroliers. Enfin, il faudra veiller à ce que la préférence nationale ne soit pas perçue comme une marginalisation systématique des travailleurs étrangers, mais bien comme un levier de développement inclusif.

Vers une politique sociale et économique affirmée

Avec cette initiative, le Gabon franchit une nouvelle étape dans la valorisation de son capital humain. L’emploi des jeunes, longtemps identifié comme l’un des défis majeurs du pays, pourrait trouver dans cette politique un souffle nouveau. Le gouvernement espère ainsi non seulement réduire le chômage, mais aussi renforcer le sentiment d’appartenance et de responsabilité citoyenne. En donnant la priorité à ses ressortissants dans un secteur aussi stratégique, le Gabon réaffirme sa volonté d’ancrer durablement la préférence nationale comme pilier de son développement social et économique.

Une politique prometteuse, mais durable ?

Toutefois, plusieurs questions demeurent : ces 900 postes suffiront-ils à absorber une jeunesse en quête d’emploi chaque année plus nombreuse ? L’État saura-t-il garantir une formation adéquate et des conditions de travail attractives pour que ces métiers, souvent considérés comme précaires, deviennent réellement porteurs d’avenir ? Enfin, au-delà du symbole, la préférence nationale pourra-t-elle s’appliquer dans d’autres secteurs stratégiques, ou restera-t-elle limitée à quelques niches d’emplois ?

En définitive, la décision du gouvernement est perçue comme une avancée sociale et un geste fort de souveraineté. Mais son efficacité à long terme dépendra de la capacité à transformer ces mesures ponctuelles en une véritable politique structurelle de l’emploi, seule à même de répondre aux aspirations profondes de la jeunesse gabonaise.

Le Monstre Froid

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